CAPSULE VIN - Mercredi 27 mars 2024
Petrus
Bonsoir à vous.
Dans la série des vins mythiques, voici Petrus.
Petrus, château Pétrus, quel est vraiment son nom ?
Voilà quelque chose que j’ai appris en fouillant un peu. Sur de très vielles étiquettes, disons jusqu’au début des années 1940, avant l’acquisition d’Edmond Loubat et de sa femme Marie-Louise en 1945, on pouvait y lire Château Pétrus (avec un accent) mais en fait, il n’y a jamais eu de château. Petite précision ici : le bas des étiquettes indiquera alors Mme Edmond Loubat, propriétaire à Pomerol. À cette époque, la femme portait le nom et le prénom du mari d’où la confusion de certains articles qui parlent d’Edmonde Loubat et non de Marie-Louise.

Petrus : Son nom viendrait soit de l’apôtre Pierre (en latin petrus) ou du nom du lieu-dit où est situé le domaine. Donc la petite histoire, quand même pas banale, de Petrus commence avec surtout l’achat de quelques parts en 1925 à la famille Arnaud qui possédait le château Pétrus (à ce moment) et qui était considéré un bon vin mais sans plus, certainement pas au niveau de ses pairs comme Ausone, Margaux, Cheval Blanc et autres. La famille Loubat, propriétaires d’une auberge à Libourne, avait vu le potentiel de ce petit domaine de 10 hectares à l’époque (11,5 maintenant avec l’achat de quelques parcelles d’un autre vignoble). Donc en 1945, les Loubat achètent le reste du domaine et Marie-Louise réussit par un coup de maître à placer quelques bouteilles à la table du mariage de la future reine d’Angleterre Elizabeth et y fut même invitée. En même temps elle s’associe avec le négociant Jean-Pierre Moueix de Pomerol (aucun classement en passant) pour l’exploitation du vignoble et de la vente. Celui-ci fera de Petrus le vin favori des Kennedy et du jet-set mondial. À son décès en 1961, Mme Loubat n’ayant pas d’enfant, ses héritiers sont un neveu, Jean-Louis Robert Lignac et une nièce Lily Paul Lacoste. Après un procès perdu contre sa cousine Lily, la branche Lignac vend ses parts, la moitié de Petrus, à Jean-Pierre Moueix en 1964. En 1972, Jean-Pierre décide de régler sa succession et cède ses parts à Jean-François, son fils, qui lui, racheta un peu plus tard la moitié restante à Lily Lacoste et deviendra l’unique propriétaire. Son autre fils Christian en assurera la gestion. En 2003, Edouard Moueix, troisième génération, s’occupera à dynamiser le négoce.

Si vous voulez en savoir un peu plus sur la situation de Lily Lacoste et ses sagas judiciaires, je vous mets le lien ici.
Pomerol n’a pas d’unité de sols. On trouve en général un mélange de calcaire sous forme de cailloux ou de galets, les graves, et d’argile. En-dessous, à des hauteurs très variables, de l’argile assez pure, mais là aussi de différentes qualité. À Petrus et autour, au plus haut de l’appellation, ces argiles affleurent. À Trotanoy, autre grand cru de Pomerol, on les appelle les illites, à Petrus, on les appelle les montmorillonites, plus fines encore que les illites, et son pouvoir gonflant supérieur. Cela signifie qu’il est capable de retenir un volume d’eau plus important qu’elle restitue à la plante au compte-goutte, lui assurant une alimentation mesurée et régulière, même en cas de sécheresse. Est-ce le secret de Petrus? Peut-être mais la patte du vinificateur Jean-Claude Berrouet y est surement pour quelque chose. Depuis sa retraite en 2008, c’est son fils Olivier qui a pris la relève.
Jean-Pierre s’est éteint en 2003, à l’âge de 90 ans et laisse dans son sillage un portefeuille des plus incroyables. Château Trotanoy - château Lafleur-Petrus – château Hosanna – château La Grave – château Lagrange (Pomerol) – château Bélair Monange – Clos La Madeleine – Sans oublier, Dominus, Napanook, Ulysses et Othello, tous à Napa Valley, Le château Latour-à-Pomerol en fermage et le château Lafleur-Gazin en métayage.
Wow !
