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CAPSULE VIN - Lundi 8 avril 2024

L'Alsace

Ce soir je vous parlerai d’une région que j’apprécie toujours plus à chaque fois que je trempe mes lèvres dans un verre rempli de ce cépage magique qu’est le riesling. Je pourrais vous parler de l’Allemagne bien sur avec ses rieslings perchés sur le bord de la Moselle, de l’Autriche aussi qui peut se targuer de produire des rieslings dignes de grand cru, mais je resterai en Alsace pour cette fois-ci. Je ne ferai pas un compte-rendu de l’Alsace au complet. Je peux cependant vous dire que l’Alsace se sépare en deux avec le Bas-Rhin au nord et le Haut-Rhin au sud (séparé par le village de Saint-Hyppolite) et qu’il y a 51 Grands Crus, dont les cépages acceptés sont le riesling, le gewurztraminer, le pinot gris et le muscat, toujours en mono-cépage. Mais il y a 3 exceptions cependant, dont deux, le Kaefferkopf et l’Altenberg de Bergheim, permettant de faire des assemblages et le Zotzenberg, qui peut accueillir le sylvaner en monocépage.

Je vous parlerai de trois d’entre eux qui ressortent du lot par leur réputation et par leur paysage à couper le souffle. En quittant la vallée de Munster, surplombant la ville de Turckheim, ce grand cru jouit d’un ensoleillement d’une grande intensité, exposition sud sud-est, il s’élève jusqu’à une altitude de 380 mètres. Brand veut dire brûlé. Aussi la légende veut-elle que, dans cette arène brûlante, le soleil combattit un jour un dragon qui fut contraint de trouver refuge dans une obscure caverne située dans la partie haute de la colline. Ce site est identifié au moins depuis le Moyen Âge. À cette époque, la vigne était défrichée à l’aide de brasiers, autre explication possible sur le nom du site.

L'Alsace

Dans la partie centrale du grand cru, la roche granitique est surmontée d’une couche d’arène de 5 à 8 mètres d’épaisseur, permettant ainsi au système racinaire de s’établir très en profondeur. Le sol granitique de Brand se montre très favorable à la constitution de grands rieslings.

Le Brand est une combinaison de droiture et d’éclat minéral. Les Riesling déclinent un esprit de caillou, associés à des notes d’agrumes.

« Zu Türckheim Im Brand wächst der beste Wien Im Land ! », dit le dicton. (À Turckheim dans le Brand, il y a le meilleur vin du pays !).

L'Alsace

Brand en automne.

À quelques pas de là se situe un autre Grand Cru digne de mention dans le village de Wintzenheim, le Hengst, qui veut dire étalon, et qui lui aussi, tout comme le Brand, n’accepte pas le muscat en tant que grand cru. Situé au sud du débouché de la vallée de Munster (quel fromage merveilleux en passant) sur la plaine d’Alsace, la colline qui porte le Hengst est adossée à la montagne surmontée du château de Holhandsbourg, avec une vue sur Colmar. Le grand cru est exposé principalement vers l’est et son centre forme une cuvette. Les pentes sont variables, très fortes au milieu, plus faibles au sommet et le tout étagé entre 270 et 360 mètres. Le sol est composé de calcaires bruns, gréseux et argileux associées à des conglomérats oligocènes. La présence de nombreux cailloux favorisent l’enracinement de la vigne. Le Honeck avec ses 1362 mètres d’altitude protège les environs du flux d’ouest. Colmar est la ville la moins arrosée de France avec 550 mm de pluie par an. Les vins de Hengst sont puissants, complexes, denses, avec une finale marquée par une acidité mûre. Ce sont des vins d’une grande garde qui gagnent en expression avec l’âge. Les Riesling possèdent une tension taillée dans une matière noble et enveloppante.

L'Alsace

La beauté du site du Schlossberg, la « colline du château » comme celle de la vallée qui l’abrite ne laisse pas indifférent. Depuis le XIVème siècle au moins, ces lieux sont l’objet d’une attention et d’une vénération remarquables, que les vignerons ont retrouvées plus ostensiblement encore au fil du XXème siècle, jusqu’à l’accession du lieu-dit au statut de Grand Cru. À ce titre, le Schlossberg joua un rôle de précurseur parmi les Grands d’Alsace.

À Kientzheim les colons gallo-romains se sont établis au croisement de deux routes romaines. Ce sont eux qui, les premiers, ont planté des vignes sur les coteaux ensoleillés de la partie avancée de la vallée de la Weiss. Ces événements dateraient du temps de l'empereur Probus – autour de 50 ans av. J.C.

Vers l'an 1180, Barberousse (Fréderic 1er) empereur romain germanique couronné en 1155, a attribué un nombre important de biens, dont la dotation d'une vielle possession du couvent d'Etival (Vosges), de quantité de parcelles de vignes dont les documents indiqueront plus tard, qu'elles ont été attribuées à la propriété du château du Kaysersberg – d’où l'origine du nom Schlossberg, « colline du château »). En forte pente, le Schlossberg nécessite une culture en terrasses. Sa densité moyenne de plantation est de 5 000 pieds/ha. L'enherbement naturel est de mise, un labour léger avec griffage est pratiqué dans la limite de la configuration très accidentée sur l'ensemble du Grand Cru. 

Les terrasses et murets imposent un travail d'aménagement et d'entretien complémentaire au travail de la vigne. Le respect du travail effectué par les anciennes générations mérite d'être pérennisé : au fond, cet engagement était avant-gardiste, particulièrement parce qu’il relevait d’une recherche qualitative. À huit kilomètres de Colmar, le Schlossberg surplombe la vallée de la Weiss, depuis les abords de la ville de Kientzheim jusqu'au château médiéval de Kaysersberg. Les 80,28 hectares du Grand Cru prennent place sur un coteau très escarpé qui a nécessité l’implantation de terrasses. Plus de mille mètres de murs de soutènement, construits au Moyen Âge sont depuis restaurés patiemment. Harmonieusement agencées, les parcelles se superposent en une succession de terrasses, comprises entre 230 et 400 m d’altitude. La majorité du Grand Cru est exposée plein Sud sur le flanc de la colline du Bixkoepfel. Une petite partie détachée regarde vers l’Est. Le matériau constituant de la roche mère résulte de la cristallisation par métamorphisme de migmatites (mélange de gneiss et de granite) et de granite à biotite de Kaysersberg. Les profondeurs de sol sont généralement comprises entre 30 et 40 cm, et ne dépassent pas les 125 cm. Le spectre granulométrique du sol est celui d'une terre sablo-limoneuse pauvre en élément fin, supérieure à 50 microns, mais riche en sable. Ce sol sableux, grossier et argileux tout à la fois, constitue une arène riche en éléments minéraux (tels que le potassium, le magnésium, le fluor ou le phosphore) d’une grande diversité et à faible rétention d’eau. 

 

Le Schlossberg bénéficie d’un régime des vents favorable à la viticulture. À la fin du mois d’août, les flux d'air frais du fond de la vallée de Kaysersberg ventilent le vignoble et participent grandement à la maturation lente des baies, et par voie de conséquence, au développement d’arômes d’une grande finesse.

La typicité des vins du Schlossberg s’exprime par un caractère aérien, une acidité fine, des arômes floraux d'une grande délicatesse, une structure harmonieuse et racée. Ils atteignent leur plénitude après quelques années, une certaine minéralité ou pierrosité est incontournable, il ne s'agit pas de minéralité due au vieillissement naturel, c'est la fraîcheur du granit qui s'exprime ici. Le maître incontesté des lieux est bien le Riesling. Il y a une tonne de bons producteurs en Alsace qui sont présents à la SAQ dont Barmès-Buecher, Ostertag, Meyer-fonné, Agathe Bursin, Marcel Deiss, René Muré, Marc Tempé et André Kientzler, et qui produisent des vins incroyables et de toute gamme de prix, donc amusez-vous comme je le fais.

Références : INAO.

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